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matiques, il lui en fallait au moins deux pour la classe du génie et il nous y colloqua, Laugier et moi. La famille de Laugier s’opposa à cette vocation forcée et on le remit dans la classe d’artillerie. J’écrivis à ma mère pour qu’elle voulût bien demander la même chose. La vue des cinq volumes qu’il fallait présenter pour être admis à l’examen du génie m’effrayait ; tandis qu’il n’en fallait qu’un pour être reçu élève, et deux pour être reçu officier d’artillerie[1]. Je visais à sortir de l’École militaire le plus tôt possible. Je m’étais bien gardé de donner ces raisons à ma mère, aussi écrivit-elle à l’École militaire pour que je passasse dans la classe d’artillerie. M. de Valfort fit écrire à ma mère par le professeur de mathématiques de la classe du génie et elle consentit enfin, à mon regret. J’ai su, depuis, bien bon gré à M. de Valfort d’avoir ainsi en quelque sorte forcé une inclination qui n’était, en fait, fondée que sur la crainte du travail. Si je n’avais pas servi dans le génie, je n’aurais pu me tirer du régiment autrichien dans lequel je fus obligé de servir pendant l’émigration ; je n’aurais pu me placer en France, à ma rentrée, dans le corps des ingénieurs géographes ; enfin, je n’aurais pas eu pour amis et pour protecteurs des officiers du corps du génie, à la recommandation desquels je peux dire que je dois à peu près tout ce qui m’est arrivé de bien depuis que je suis revenu dans ma patrie.

Une cause à peu près semblable a influé sur la destinée de Bonaparte : il s’était annoncé, en arrivant à l’École militaire, comme voulant entrer dans la marine, « Depuis plusieurs années, lui dit M. de Valfort, le concours est fermé parce que le corps de la marine est encombré ; mais comme le cours est à peu près le même que celui de la marine et se fait dans la même classe, par les mêmes professeurs, si vous ne pouvez obtenir de lettre d’examen pour la marine, vous en. serez quitte pour entrer dans l’artillerie ».

Le cas arriva effectivement, et Bonaparte fut reçu officier d’artillerie en septembre 1785[2]. S’il y avait eu un examen

  1. Ces cinq volumes comprenaient le Cours de mathématiques à l’usage du corps royal de l’artillerie.
  2. Le 1er septembre 1785.