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père de plusieurs enfants, riche et bien portant. J’ai eu depuis, sur la dissolution de ses mœurs quand il était notre professeur, des détails dont j’aurai peut-être, dans la suite, occasion de parler.

La première personne que nous vîmes à l’École militaire fut le directeur des études, M. de Valfort. Il n’est aucun des élèves qui l’ont connu qui n’ait conservé pour lui la plus profonde considération. Singulier dans ses mœurs et ses habitudes, austère par tempérament, sévère mais bon, probe et doué de l’âme la plus honnête, il n’avait contre lui que de n’avoir pas autant de connaissances qu’il en aurait fallu pour remplir sa place avec distinction. Mais il sut, tant qu’il l’occupa, maintenir la plus exacte discipline parmi les jeunes gens et, ce qui était bien plus difficile, parmi les professeurs, qui, en leur qualité de gens de lettres et accoutumés aux idées libérales. sont volontiers enclins à l’insubordination.

Il est assez remarquable que, des six officiers qui étaient à la tête de cette École, le directeur des études, un aide-major faisant le service de major, quatre sous-aides-majors, il n’y avait qu’un de ces derniers qui fut en état d’écrire quatre lignes sans faire une faute d’orthographe. Ce que je dis, au reste, est peut-être rigoureux pour monsieur de Valfort, mais il est très exact pour les autres.

Comme je n’aurai plus occasion d’y revenir, je vais dire ce que je sais sur cet homme singulier. Il était passé en Amérique, je crois comme Mentor, avec M. de La Fayette. À son retour en France, il avait été placé à l’École militaire. Il fut réformé avec elle ; la pension, je crois de quatre mille francs, qu’on lui avait accordée, n’ayant été que mal, ou peut-être pas payée pendant la Révolution, il avait été réduit à demander une place à l’Hôtel comme officier invalide. Il y était encore en 1802 quand je revins en France. Il mangeait, de temps en temps, dans quelques maisons du faubourg Saint-Germain et, ce jour-là, on préparait pour lui une soupe du double plus forte qu’a l’ordinaire.

Bonaparte, étant Premier Consul, apprit la position où se trouvait l’ancien directeur de ses études, et il lui envoya le maréchal Davout, qui sortait aussi de l’École militaire, pour lui demander ce qu’il désirait qui fût fait pour lui. Le ma-