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fallait payer, sinon on perdait son droit à avoir des livres. Les chefs, outre cela, passaient des inspections tous les matins. Les enfants avaient huit ou dix sous par semaine pour leur menu plaisir. Tous les défauts de toilette avaient une amende de six deniers pour la bibliothèque : six deniers pour chaque bouton qui manquait, pour un trou aux vêtements, pour des mains ou un visage sales, des cheveux mal peignés, des ongles trop longs.

Le bibliothécaire avait la garde de tous ces fonds, dans une caisse dont le principal avait une clef et lui une autre, et il en disposait pour l’augmentation et l’entretien de la bibliothèque. Mais ce qui surtout faisait convoiter cette place, c’était le privilège de pouvoir être dans la bibliothèque à toutes les heures de la récréation, et d’avoir ainsi, en quelque sorte, un appartement à soi ; enfin c’était une charge, il y avait maniement de deniers, une responsabilité, et par conséquent, de la considération. N’est-ce pas plus en grand ce qui excite l’ambition de tous les hommes ?

Le bibliothécaire étant venu à partir, je fus sollicité par un de mes amis de lui faire avoir cette place. Il cabalait en sa faveur ; j’écrivis à quelques chefs pour obtenir leurs voix pour mon ami. Ils me trahirent et firent porter mes billets à Bonaparte, qui cabalait aussi de son côté pour un autre. Cependant le conseil s’assembla. Suivant les lois, la nomination devait se faire au scrutin. Bonaparte prend la parole et dit qu’il croit de son devoir de dénoncer au Conseil une intrigue, qui avait pour but de faire nommer bibliothécaire un individu incapable, sous tous les rapports, de remplir cette charge importante. Le hasard le lui avait fait découvrir ; il avait trouvé les morceaux d’un papier déchiré ; la curiosité l’avait porté à les réunir et il avait été fort surpris de trouver l’invitation à un camarade de donner sa voix à cet individu plutôt que d’agir selon sa conscience. Il dit qu’il ne connaissait pas l’écriture du billet ; que le morceau contenant la signature ne s’était pas trouvé avec les autres qu’il aimait croire qu’il n’était d’aucun des membres du Conseil, mais qu’il était évident qu’il y avait cabale et que, pour la déjouer, il proposait de nommer par acclamation quelqu’un qu’il désigna. Bonaparte me fixait pendant sa harangue elle me décon-