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LA GLOIRE DU COMACCHIO

templer la tête immortelle au profil d’aigle.

— « Qu’il est pâle ! » disait-on.

— « La joie, perbacco ! si forte et si soudaine ! »

— « Il l’a bien gagnée, depuis le temps ! »

— « Ah ! l’enragé ! il s’est encore battu : voyez sa joue ! »

— « C’est pardieu vrai ! Mauvais coucheur, mais bel artiste ! On l’aura griffé dans la bagarre… »

La joue rayée de quatre griffes rouges, le Comacchio n’entendait rien, sinon la formidable marée triomphale qui porterait son nom jusqu’aux suprêmes postérités. Il essayait de sourire et gardait un front sévère. Il avait l’impression d’aller vers l’avenir en marchant dans la rue. Grâce aux torches et la nuit aidant, cette rue perçait un défilé plein d’écarlate et de noirceur, tapissé d’or, semé de trous. Et Cesare Bordone regardait devant lui comme un homme qui a des visions de gloire et d’horreur.