Page:Renard - Outremort et autres histoires singulières, Louis-Michaud, 1913.djvu/280

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
276
LA GLOIRE DU COMACCHIO

âpre besoin de revanche le tourmentait. Le génie de Cesare sauvait son orgueil. Comme une brusque illumination retentissante, mille cris saluèrent le sculpteur du nom de Comacchio. En même temps s’élevaient de nombreux : « À la statue ! — Chez lui ! — Chez Bordone ! — En avant ! » Et d’une poussée, l’entassement reflua vers le héros.

Il sentit qu’il fallait marcher, conduire cette multitude. Il se mit donc à marcher dans la rougeur mouvante des torches. Et comme un fleuve impétueux soumis aux lois d’un enchanteur, sa patrie exaltée le suivait.

Il se laissait faire. Entouré de ses disciples, ballotté de l’un à l’autre, il avançait à la manière d’un ivrogne qui se raidit. Arrivabene le soutint, Felipe lui prit le bras :

— « Vous étiez donc là, mon pauvre maître ? Vous aussi, vous étiez venu pour assister au sacre de Baccio ! »

Cesare Bordone remua les lèvres sans parler.

La foule débordait autour d’eux. On se heurtait. Les femmes surtout désiraient con-