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LA GLOIRE DU COMACCHIO

environnants exhalaient sur la ville une humidité chargée de malaria. Ils marchaient vite, au sein de l’animation plébéienne, Cesare d’un pas fougueux, le Juif trottinant auprès, comme un lion suivi d’un chacal.

— « Alors, il l’a jetée en bronze ? » disait Bordone fronçant les sourcils.

— « Et joliment ! » répondait Tubal. « Un Padouan n’aurait pas fait mieux ! »

— « Combien de haut ? »

— « Six brasses florentines à peu près. »

— « Ah ! Comme le Persée !… »

Un silence suivit.

Tout à coup Cesare se mit à grommeler. Son bégaiement redoublait sous l’empire de l’exaspération. Frémissant de dégoût, il mâchonnait qu’il avait été trop bête, aussi ; que pas un sculpteur digne de ce titre ne pouvait espérer quoi que ce fût de Ferrare, sinon d’être le sous-œuvre de ses architectes.

Et comme ils passaient non loin de San Domenico, il montra la façade et les statues de Ferreri, à l’appui de ses dires.

— « Voilà ce qu’on nous demande, ici, quand ce n’est pas des ornements d’autel,