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LE BROUILLARD DU 26 OCTOBRE

Avant de nous engager dans une tranchée sablonneuse, sous une voûte éclaircie d’acacias, nous fîmes halte. C’est alors que je parlai du brouillard pour la première fois, en observant que la gaze palustre embuait à présent toutes les basses terres, comme une moisissure dont la peluche grisâtre s’épaississait à vue d’œil. Une nuée plate faisait le siège de Cormonville ; d’invisibles fileuses tissaient d’un bout à l’autre de la gorge des traînées arachnéennes, stagnantes et toujours plus opaques, tandis que, par la plaine indéfinie, de longues raies vaporeuses stationnaient et se multipliaient sans que l’on vît comment. Nous n’étions pas repartis qu’elles avaient duveté tout l’espace, jusqu’au bord où la nuit se lèverait tantôt.

— « Dépêchons-nous », dit Fleury-Moor. « On a si vite fait d’attraper un refroidissement ! »

Je le suivis dans le chemin creux.

Au bout d’un instant, il me parut que les entours devenaient troubles. Je passai ma main sur mes yeux, croyant qu’ils se brouillaient ; la taie persista. C’était la brume. Elle nous enveloppait de sa mousseline.