Page:Renard - Outremort et autres histoires singulières, Louis-Michaud, 1913.djvu/122

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
118
L’HOMME AU CORPS SUBTIL

pouvoir de me salir depuis que j’étais intangible, la poussière ne se déposant plus que sur mes chaussures… Ah ! mes chaussures ! Ah ! mes pieds ! Quels trésors en cette occasion !… C’est que, fichtre, insaisissable ne veut pas dire impondérable ! La pesanteur agissait toujours sur la masse de mon physique et le sollicitait sans merci… »

— « Alors, » fis-je épouvanté, « Morand… »

Bouvancourt avala son troisième verre de ratafia.

— « Morand, lui… Oh ! madame, quand j’y pense !… Morand, lui, sur sa demande et par mes soins, a été préparé dans sa totalité. Morand, lui, n’avait plus au bas de sa personne deux membres bien grossiers, deux objets de bonne et ferme chair. Il n’avait que des pieds immatérialisés sous le rapport du contact, — des choses sans appui. Tout son corps est devenu soudain traversable et traverseur, à l’exemple d’un corps pétri de rayons X, ou plutôt de lumière Y… Et comme la pesanteur… »

— « Alors ? alors ?… »

— « Alors, il perdit pied, tombant vers le