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les devants avec sa noblesse de cœur accoutumée. Dès les premiers temps de notre réunion, elle m’engagea fortement à me marier. Elle y revenait souvent ; elle causa même, à mon insu, avec un de nos amis d’une union qu’elle avait projetée pour moi et qui ne se réalisa point. L’initiative qu’elle prit en cette circonstance m’entraîna dans une véritable erreur. Je crus sincèrement qu’elle ne serait pas blessée le jour où je viendrais lui dire que j’avais trouvé une personne de mon choix, digne de lui être associée. En la laissant me parler de mariage, je n’avais jamais compris qu’elle me quittât. J’avais toujours entendu qu’elle resterait pour moi ce qu’elle avait été jusqu’alors, la sœur accomplie et bien-aimée, incapable de prendre ni de donner ombrage, assez complètement sûre des sentiments qu’elle m’inspirait pour ne point être blessée de ceux qu’une autre obtiendrait. Je vois