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surpris du ton de fermeté et de résignation avec lequel s’exprimait la jeune femme, que je serai forcé d’interpréter votre silence dans le sens d’un aveu et de vous envoyer devant un juge d’instruction.

— Et si je conserve le même mutisme envers ce juge ?

— Il ne m’appartient pas de préjuger ce qu’il en pensera.

— Eh bien ! monsieur, pardonnez-moi d’agir ainsi envers vous qui me parlez avec tant de bienveillance ; quoi qu’il doive en advenir, ma seule réponse sera celle-ci : Je n’ai rien à avouer, rien à nier. Je ne veux pas me défendre !

— Prenez-garde, réfléchissez ; c’est votre liberté que vous jouez là !

— Je le sais, monsieur, et je vous suis reconnaissante de votre insistance, mais je dois garder le silence.

Éva semblait, en effet, s’être arrêtée à ce parti. Tout le disait en elle : son calme, la dignité de son attitude, la franchise de ses regards, le son même de sa voix, si douce cependant.

Le magistrat, qui était un homme du meilleur monde, comprit aussitôt que ce n’était pas là une prévenue ordinaire ; il l’invita à signer son interrogatoire, ce qu’elle fit de son écriture aristocratique, et il sonna.

Le même garde municipal qui avait amené la prisonnière vint à cet appel ; le substitut la salua ; celle-ci lui rendit son salut avec un douloureux sourire de