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cherchant à se frayer un passage en faisant feu sur eux à bout portant.

Mais ces hommes, qui étaient une douzaine au moins, sans autres armes que de longs kriss malais, tombaient les uns après les autres sans pousser un cri.

Ceux qui n’étaient pas atteints se rapprochaient, toujours groupés de façon à former, tant qu’un seul d’entre eux serait vivant, une barrière infranchissable entre les ravisseurs et ceux qui les voulaient atteindre.

Lorsque sir George et Somney arrivèrent auprès de l’ancien brasseur, il avait déjà déchargé cinq fois son arme, cinq des bandits avaient été frappés, mais les autres, soutenant les cadavres debout devant eux, s’en faisaient un bouclier de chair humaine, qui allait leur permettre de résister quelques instants de plus.

Fou de douleur et de désespoir, car il comprenait que ces fanatiques étaient prêts à mourir jusqu’au dernier plutôt que de lui livrer passage, le capitaine s’élança vers eux, faisant feu à son tour, tirant sur le groupe au hasard, épouvanté de cette hécatombe qu’il pressentait devoir être inutile, puisqu’il n’apercevait plus le palanquin.

Ses porteurs avaient abandonné la chaussée, et par quelque chemin connu d’eux seuls, il avaient sans doute emporté leur proie sous les hautes futaies, où il était impossible de les poursuivre.

Il n’en put douter lorsqu’il vit les Hindous laisser retomber brusquement à terre les corps inanimés de leurs compagnons, pour se jeter dans les eaux fangeuses des marécages, dont l’épaisse végétation était le plus sûr des abris.

Seul, un d’entre eux devait être arrêté dans sa fuite. Pensant s’échapper plus vite, il s’était réfugié sur un tronc de bois, et Stilson, fou de colère, allait lancer sa monture au milieu du marais, lorsqu’il aperçut un énorme caïman dont le misérable ne pouvait manquer de devenir la proie.

Il fit alors volte-face et piqua des deux du côté des fugitifs, mais sir George le vit bientôt revenir la tête basse.

Il n’avait rien découvert.

Le jungle était retombé dans le silence.

On n’y entendait plus que le râle des mourants, qui emportaient le secret de ce drame, dont miss Ada allait être probablement la dernière victime.

Le brave guichetier offrit son cheval à son capitaine, mais celui-ci refusa.

Stilson mit alors pied à terre, et ils reprirent lentement le chemin qu’ils venaient de parcourir, dans l’espoir de rencontrer quelques-uns des cipayes de l’escorte de la jeune fille.

Leurs recherches ne furent pas longtemps inutiles, car dans la direction où ils avaient entendu des coups de feu, ils aperçurent bientôt, au milieu de la chaussée, le cadavre du sous-officier anglais qui commandait l’escorte.