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HISTOIRE D’UNE MONTAGNE.

sont précipités en bandes armées sur les plaines qu’entoure le grandiose hémicycle des Alpes ! Ils ont eu beau massacrer, incendier et détruire, beau s’installer eux-mêmes à {corr|le|la}} place des vaincus, se bâtir des villes et se construire des citadelles, la population native a toujours repris le dessus, et les étrangers, Celtes ou Teutons, ont dû repasser les Alpes.

Aussi les monts, rugosités relativement insignifiantes à la surface du globe, simples obstacles que l’homme peut d’ordinaire franchir en un jour, prennent-ils une extrême importance historique comme frontières naturelles entre les nations diverses. Ce rôle dans la vie de l’humanité, ils le doivent moins au manque de routes, à la raideur de leurs escarpements, à leur zone de neiges et de rochers infertiles, qu’à la diversité et souvent à l’inimitié des populations assises aux deux bases opposées. L’histoire du passé nous l’enseigne : toute limite naturelle posée entre les peuples par un obstacle difficile à franchir, plateau, montagne, désert ou fleuve, était en même temps une frontière morale pour les hommes, comme dans les contes de fées, elle se fortifiait d’un mur