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Elle est seule aujourd’hui, seule, ta vieille mère !
Une autre voix encor te rappelle là-bas ;
C’est le cri de l’amour : dis, ne l’’entends-tu pas ?


le jeune homme.

Hélas !


le vieillard.

Hélas ! Et tous ces biens dont le trépas te sèvre :
La coupe des plaisirs inconnue à ta lèvre….


le jeune homme.

Allez ! je ne suis pas des vôtres ; vous voulez
M’amollir lâchement ; je ne veux pas : allez !
Vous êtes bien la foule humaine, le vulgaire,
Qui ramenez le vol des aigles vers la terre
Et qui faites souvent dans un cœur abattu
Hésiter le génie et douter la vertu !
Vous soufflez les désirs, les regrets, les peurs lâches,
Et vous dites : Néant ! aux généreuses tâches.
Allez, laissez-moi croire au fond de mon linceul !
Votre chemin n’est pas le mien : laissez-moi seul !


(Les ombres s’écartent et se dissipent de tous côtés. Quand il ne reste plus que le jeune soldat, derrière lui, à la place du vieillard disparu, une ombre nouvelle apparaît dans un rayon de lumière, le front ceint de lauriers, et touche le jeune homme à l’épaule.)