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sure, dont une quinzaine de clous étaient arrachés. Le militaire survivant a été touché de côté, à la partie inférieure du tronc ; l’étincelle, quittant le fourreau du sabre de son voisin, a frappé le couteau placé dans la poche du pantalon, a contusionné en ce point la cuisse, et, traçant en arrière un long sillon, a rejoint à gauche le fourreau de sabre, qui porte quelque trace de fusion.

Aucune lésion mécanique n’expliquait la mort ; les caractères anatomiques étaient ceux d’une asphyxie, moins prononcée chez l’homme qui avait péri instantanément. La membrane du tympan a été brisée chez l’une des victimes, sans doute par suite du refoulement de l’air au moment de la détonation ; la rigidité cadavérique a été prompte et générale.

Une chose assez remarquable, c’est que le survivant, ayant repris connaissance, ne savait pas qu’il avait été foudroyé. Plusieurs faits analogues ont déjà été remarqués : ainsi, M. Deschamps rapporte que le docteur Franklin fit passer un choc électrique au travers du cerveau de six hommes, ils tombèrent tous à l’instant sans connaissance. Leurs muscles furent subitement relâchés, et leur chute ne fut précédée d’aucune titubation, d’aucun signa précurseur de chancellement. Ils affirmèrent n’avoir ressenti aucun coup, ni vu ni entendu l’étincelle. L’état de mort apparente se dissipa graduellement : il serait devenu définitif si le choc eût été d’une plus grande intensité[1].

Ainsi, on peut passer de ce monde dans l’autre sans en avoir aucun pressentiment, sans transition, sans avoir

  1. Comptes rendus de l’Académie des sciences, 1869.