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lante du créole était-elle passée en proverbe, comme l’hospitalité antique et patriarcale. Il est tout naturel de la voir diminuer en même temps que les circonstances qui la favorisaient.

Il n’y a donc rien d’étonnant que des individus de haute intelligence comme les créoles, qui se faisaient une spécialité et la principale occupation de leur vie de chercher dans les phénomènes du mirage l’objet de leurs espérances et de leur attente, soient arrivés à quelque chose de surprenant en ce genre.

M. Ch. Desbassayns me disait que des individus étaient devenus tellement habiles, qu’on venait les consulter des différents points de la colonie, surtout dans les moments de détresse, pour savoir ce qui se passait au loin dans la mer, et si la crainte devait faire place à l’espoir.

Il me raconta qu’un créole de l’Ile de France aperçut un jour dans les airs un navire d’une forme extraordinaire, et tel qu’on n’en avait jamais vu ; entre autres particularités, il avait quatre grands mâts. Il en fit une fidèle description aux personnes du pays ; et quel ne fut pas l’étonnement de tous lorsque, quelques jours après, ils virent aborder ce même navire !

Depuis que les bâtiments du monde entier se donnent rendez-vous dans les îles fortunées de la mer des Indes, les colons sont moins intéressés à découvrir ainsi ce qui se passe au loin et à connaître d’avance les navires qui viennent les visiter ; aussi ont-ils perdu cette étonnante faculté de découvrir les moindres phénomènes du mirage.

À cette époque déjà éloignée, les nues, le ciel et l’air devaient paraître aux créoles, mieux qu’aux bardes de