Page:Rambosson - Histoire des Météores, 1883.djvu/259

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


« La nuit promenait en silence son char étoilé ; nos vaisseaux fendaient paisiblement les ondes ; assis sur la proue, nos guerriers veillaient, lorsqu’un sombre nuage qui obscurcit les airs se montre au-dessus de nos têtes et jette l’effroi dans nos cœurs.

« La mer ténébreuse faisait entendre au loin un bruit semblable à celui des flots qui se brisent contre les rochers. Dieu puissant ! m’écriai-je, de quel malheur sommes-nous menacés ? Quel prodige effrayant vont nous offrir ce climat et cette mer ? C’est ici plus qu’une tempête.

« Je finissais à peine, un spectre immense, épouvantable, s’élève devant nous. Son attitude est menaçante, son air farouche, son teint pâle, sa barbe épaisse et fangeuse. Sa chevelure est chargée de terre et de gravier ; ses lèvres sont noires, ses dents livides ; sous de noirs sourcils, ses yeux roulent étincelants.

« Sa taille égalait en hauteur ce prodigieux colosse autrefois l’orgueil de Rhodes et l’étonnement de l’univers. Il parle ; sa voix formidable semble sortir des gouffres de la mer. À son aspect, à ses terribles accents, nos cheveux se hérissent ; un frisson d’horreur nous saisit et nous glace, ce peuple ! s’écrie-t-il, le plus audacieux de tous les peuples ! Il n’est donc plus de barrière qui vous arrête ? Indomptables guerriers, navigateurs infatigables, vous osez pénétrer dans ces vastes mers dont je suis l’éternel gardien, dans ces mers sacrées qu’une nef étrangère ne profana jamais !

« Vous arrachez à la nature des secrets que ni la science ni le génie n’avaient pu encore lui ravir ! Eh bien, mortels téméraires, apprenez les fléaux qui vous attendent