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s’avancent vers un but unique, et s’engagent hardiment dans un labyrinthe de glaces, en laissant se renfermer derrière eux la formidable barrière qui ne leur a présenté qu’une trompeuse issue. Les progrès sont bien lents, les déceptions nombreuses, les souffrances infinies. En un court espace de temps, les sinistres se renouvellent ; près de dix bâtiments ont été abandonnés ou perdus dans leur prison de glaces. N’importe ! On avance sans cesse ! Rien n’arrête l’élan de ces intrépides explorateurs ; rien ne ralentit l’ardeur de ces martyrs de la science et de l’humanité !

V.

En mai 1853, le docteur Kane part de nouveau de New-York avec toute l’expérience qu’il a pu acquérir dans une précédente expédition. C’est droit au nord qu’il marche ; c’est par l’extrémité même de la mer de Baffin qu’il faut attaquer la banquise, et poursuivre la route que vient déjà de parcourir avec quelque succès son prédécesseur Inglefield. Dans cette direction, en effet, il réussit à pénétrer dans le détroit de Smith, et, glissant avec son navire entre les récifs et les glaces amoncelées, il parvient à s’élever, au milieu des écueils, jusqu’à la hauteur du soixante-dix-neuvième degré de latitude nord. Pendant deux ans, il affronte en ce point les rigueurs de ces formidables hivers où la nuit dure cent vingt jours, et où la température s’abaisse jusqu’à la congélation du mercure et de l’alcool.