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qui fit parcourir au lieutenant Haven près de 300 lieues vers le sud embrassait une superficie de 300 milles carrés environ. En estimant à 2m,30 seulement son épaisseur moyenne, c’était donc un poids de 20 billions de tonnes que la mer Glaciale renvoyait d’un seul bloc et à un seul moment de l’année vers l’océan Atlantique. Les plus grands fleuves du monde ne nous apparaissent que comme de bien faibles ruisseaux, comparés à cet immense cours d’eau qui maintient de l’une à l’autre mer un constant équilibre et une communication directe et réciproque.

Il devient dès lors aisé de prévoir quelle peut être l’influence exercée sur l’ensemble des régions polaires par les réservoirs de chaleur que les eaux équatoriales ne cessent d’y entretenir, à travers les canaux d’une pareille circulation sous-marine.

L’étude des lignes isothermes, on le sait, a placé les deux pôles du froid maximum sur le 80e degré de latitude, l’un au nord de la Sibérie, l’autre au nord de l’Amérique. Pour le premier la température moyenne se maintient à 15, et pour le second à 20 degrés au-dessous de zéro. On comprend alors combien doit être grand le rayonnement calorique qui se manifeste au centre même des régions arctiques, au point de renversement et de transformation pour les eaux équatoriales qui remontent à la surface. La différence de température de ces points doit déterminer la formation de nuages et d’épaisses vapeurs, qui ne peuvent manquer d’établir un singulier contraste avec les horizons uniformes et désolés de glaces éternelles.