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Il souffle : tout se fane et tout se décolore ;
La fleur craint de s’ouvrir et le bouton d’éclore,
Le midi de ses feux enflamme le matin,
La terre est sans rosée et le ciel est d’airain ;
Les monts sont dépouillés ; de la plaine béante,
La soif implore en vain une eau rafraîchissante.

À peine avec effort la nymphe du ruisseau
De ses cheveux tordus tire une goutte d’eau.
Plus d’amour, plus de chant ; le coursier, moins superbe
En vain, d’un sol brûlé, sollicite un brin d’herbe.
Le cerf au pied léger repose au fond des bois.
Partout l’air accablant pèse de tout son poids ;
L’homme même succombe, et son âme affaissée
Sent défaillir sa force et mourir sa pensée.

(Delille.)

Malgré ces terribles effets, il paraît que ce vent n’est pas du tout pestilentiel ; au contraire, les fièvres intermittentes, par exemple, sont radicalement guéries au premier souffle de l’harmattan ; ceux qui sont affaiblis par les saignées abondantes que l’on pratique dans ces climats recouvrent bientôt leur force ; les fièvres épidémiques disparaissent, et, chose singulière, l’infection ne peut être communiquée pendant qu’il règne, même par l’art.

Mathieu Dobson rapporte qu’en 1770 il y avait à Nhydah un bâtiment anglais chargé de plus de trois cents nègres ; la petite vérole s’étant déclarée chez quelques-uns de ses esclaves, le propriétaire se décida à l’inoculer aux autres.

Tous ceux chez lesquels on pratiqua l’opération avant le souffle de l’harmattan gagnèrent la maladie ; soixante-dix furent inoculés le deuxième jour après que l’harmattan avait commencé à se faire sentir, et aucun n’eut ni maladie