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lendemain en chaire pour en faire voir l’impudence et la fausseté. Mais l’affaire n’en demeura pas là. Mlle Viole, fille dévote et de qualité, entre les mains de laquelle on avait remis cette somme, alla trouver la Père Vincent[1], supérieur de la Mission, et l’obligea de justifier, par son registre, comme quoi tout cet argent avait été porté chez lui, et comme quoi on l’avait ensuite distribué aux pauvres des deux provinces que je viens de dire. Mais une calomnie était à peine détruite que les jésuites en inventaient une autre. Ils ne parlaient d’autre chose que de la puissante faction des jansénistes. Ils mettaient M. Arnauld à la tête de ce parti, et peu s’en fallait qu’on ne lui donnât déjà des soldats et des officiers. Je parlerai ailleurs de ces accusations de cabale, et j’en ferai voir plus à fond tout le ridicule.

Tous ces bruits pourtant, quoique si absurdes, ne laissaient pas que d’être écoutés par les gens du monde, et principalement à la cour, où l’on présume aisément le mal, surtout des personnes qui font profession d’une vie réglée et d’une morale un peu austère. Les jésuites y gouvernaient alors la plupart des consciences. Ils n’eurent donc pas de peine à prévenir l’esprit de la reine mère, princesse d’une extrême piété, mais qui avait été fort tourmentée durant sa

  1. Saint Vincent de Paul.