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accusations d’hérésie ils ajoutaient encore celles de crimes d’État, voulant faire passer trois ou quatre prêtres et une douzaine de solitaires, qui ne songeaient qu’à prier Dieu et à se faire oublier de tout le monde, comme un parti de factieux qui se formait dans le royaume. Ils imputaient à cabale les actions les plus saintes et les plus vertueuses. J’en rapporterai ici un exemple par où on pourra juger de tout le reste.

Feu M. de Bagnols et quelques autres amis de Port-Royal ayant contribué jusqu’à une somme de près de quatre cent mille francs pour secourir les pauvres de Champagne et de Picardie pendant la famine de l’année 1652, la chose ne se put faire si secrètement qu’il n’en vînt quelque vent aux oreilles des jésuites. Aussitôt l’un d’eux, nommé le Père d’Anjou, qui prêchait dans la paroisse de Saint-Benoît, avança en pleine chaire qu’il savait de science certaine que les jansénistes, sous prétexte d’assister les pauvres, amassaient de grandes sommes qu’ils employaient à faire des cabales contre l’État. Le curé de Saint-Benoît ne put souffrir une calomnie aussi atroce, et monta le

    (sic) par demandes et par réponses. Il parut en 1692. » — Note des éditeurs de 1742. On s’est appuyé sur ce passage pour dire que Racine écrivait en 1693 ; mais j’ai sous les yeux le pamphlet en question, « réimprimé » en 1695 à l’étranger, et qui pouvait fort bien se débiter dans les couvents en 1696. Ainsi donc la date de 1697, inscrite postérieurement en tête du manuscrit de cet abrégé, est de beaucoup la plus vraisemblable.