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qui s’était des premiers signalé contre Jansénius, et contre lequel M. Arnauld avait écrit avec beaucoup de force. Quoique l’Assemblée générale du clergé se tînt alors à Paris, ils n’osèrent pas y parler de cette affaire, de peur que la lettre venant à être examinée publiquement et avec un peu d’attention, elle ne révoltât tout ce qu’il y avait de prélats jaloux de l’honneur de leur caractère, qui trouveraient étrange que cette dispute étant née dans le royaume, elle ne fût pas jugée au moins en première instance par les évêques du royaume même. La chose fut donc conduite avec plus de secret, et cette lettre fut portée séparément par un jésuite, nommé le Père Dinet, à un fort grand nombre de prélats, tant à Paris que dans les provinces. La plupart d’entre eux ont même depuis avoué qu’ils l’avaient signée sans savoir de quoi il s’agissait, et par pure déférence pour la signature de leurs confrères.

Les défenseurs de saint Augustin, ayant appris cette démarche, se trouvèrent fort embarrassés. Les uns voulaient qu’on ne prît point d’intérêt dans l’affaire, et que, sans se donner aucun mouvement, on laissât condamner à Rome des propositions en effet très condamnables, et qui, comme elles n’étaient d’aucun auteur, n’étaient aussi soutenues de personne. Les autres au contraire appréhendèrent assez mal à propos, comme la suite l’a justifié, que la véritable