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ment tous leurs adversaires. Ils étaient d’autant plus mal fondés à le traiter d’hérétique que lui-même, dans son testament, et dans plusieurs endroits de son livre, déclare qu’il soumet entièrement sa doctrine au jugement du Saint-Siège, et ainsi, quand même il aurait avancé quelque hérésie, on ne serait pas pour cela en droit de dire qu’il fût hérétique. M. Arnauld donc, persuadé que le livre de ce prélat ne contenait que la doctrine de saint Augustin, pour laquelle il s’était hautement déclaré lui-même plusieurs années avant l’impression de ce livre, avait pris la plume pour le défendre, et avait composé ensuite plusieurs ouvrages sur la grâce qui avaient eu un prodigieux succès. Cela avait fort alarmé non seulement les jésuites, mais même quelques professeurs de théologie et quelques autres vieux docteurs de la Faculté, qui étaient d’opinion contraire à saint Augustin, et qui craignaient que la doctrine de la grâce efficace par elle-même ne gagnât le dessus dans les écoles. Ils se réunirent donc tous ensemble pour la décrier et pour en empêcher le progrès. Et M. Cornet, l’un d’entre eux, qui avait été jésuite, et qui était alors syndic de la Faculté, s’avisa pour cela d’un moyen tout particulier [1649]. Il apporta à la Faculté cinq propositions sur la grâce pour y être examinées. Ces propositions étaient embarrassées de mots si captieux et si équivoques, que, bien qu’elles fussent, en effet, très hérétiques,