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justesse grammaticale qui va jusqu’à l’affectation.

Ils eurent même peur, durant quelque temps, que le Port-Royal ne leur enlevât l’éducation de la jeunesse, c’est-à-dire ne tarît leur crédit dans sa source. Car quelques personnes de qualité, craignant pour leurs enfants la corruption qui n’est que trop ordinaire dans la plupart des collèges, et appréhendant aussi que, s’ils faisaient étudier ces enfants seuls, ils ne manquassent de cette émulation qui est souvent le principal aiguillon pour faire avancer les jeunes gens dans l’étude, avaient résolu de les mettre plusieurs ensemble sous la conduite de gens choisis. Ils avaient pris là-dessus conseil de M. Arnauld et de quelques ecclésiastiques de ses amis ; et on leur avait donné des maîtres tels qu’ils les pouvaient souhaiter. Ces maîtres n’étaient pas des hommes ordinaires. Il suffit de dire que l’un d’entre eux était le célèbre M. Nicole. Un autre était ce même M. Lancelot à qui l’on doit les nouvelles méthodes grecque et latine si connues sous le nom de Méthodes de Port-Royal. M. Arnauld ne dédaignait pas de travailler lui-même à l’instruction de cette jeunesse par des ouvrages très utiles : et c’est ce qui a donné naissance aux excellents livres de la Logique de la Géométrie et de la Grammaire générale. On peut juger de l’utilité de ces écoles par les hommes de mérite qui s’y sont formés. De ce nombre ont été MM. Bignon, l’un conseiller d’État et l’autre premier