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livres de dévotion que les leurs. Il leur était donc très sensible de se voir déposséder de ce premier rang et de cette vogue par de nouveaux-venus, devant lesquels il semblait, pour ainsi dire, que tout leur génie et tout leur savoir se fussent évanouis. En effet, il est assez surprenant que depuis le commencement de ces disputes il ne soit sorti de chez eux aucun ouvrage digne de la réputation que leur compagnie s’était acquise, comme si Dieu, pour me servir des termes de l’Écriture, leur avait tout à coup ôté leurs prophètes ; leur Père Petau même, si célèbre par son savoir, ayant échoué contre le livre de la Fréquente communion et son livre étant demeuré chez leur libraire avec tous leurs autres ouvrages, pendant que les ouvrages de Port-Royal étaient tout ensemble l’admiration des savants et la consolation de toutes les personnes de piété.

Les jésuites, au lieu d’attribuer cet heureux succès des livres de leurs adversaires à la bonté de la cause qu’ils soutenaient, et à la pureté de la doctrine qui y était enseignée, s’en prenaient à une certaine politesse de langage qu’ils leur ont reprochée longtemps comme une affectation contraire à l’austérité des vérités chrétiennes. Ils ont fait depuis une étude particulière de cette même politesse ; mais leurs livres, manquant d’onction et de solidité, n’en ont pas été mieux reçus du public pour être écrits avec une