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jusqu’à cet excès d’impudence et de folie que d’accuser ces religieuses, dans un livre public, de ne point croire au Saint-Sacrement ; de ne jamais communier, non pas même à l’article de la mort ; de n’avoir ni eau bénite ni images dans leur église ; de ne prier ni la Vierge ni les saints ; de ne point dire leur chapelet ; les appelant des asacramentaires, des vierges folles, et passant même à cet excès de vouloir insinuer des choses très injurieuses à la pureté de ces filles.

Il ne fallait, pour connaître d’abord la fausseté de ces exécrables calomnies, qu’entrer seulement dans l’église de Port-Royal. Elle portait, comme j’ai dit, par excellence le nom d’église du Saint-Sacrement. Le monastère, les religieuses, tout était consacré à l’adoration perpétuelle du sacré mystère de l’eucharistie. On n’y pouvait entendre de messe conventuelle qu’on n’y vît communier un fort grand nombre de religieuses. On y trouvait de l’eau bénite à toutes les portes. Elles ne peuvent chanter leur office sans invoquer la Vierge et les saints. Elles font toutes les semaines une procession en l’honneur de la Vierge, et ont pour elle une dévotion toute particulière, dignes filles en cela de leur père saint Bernard. Elles portent toutes un chapelet, et le récitent très souvent ; et ce qui surprendra les ennemis de ces religieuses, c’est que M. Arnauld lui-même, qu’ils accusaient de leur en avoir inspiré le mépris, a toujours eu un chapelet