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maison, une prospérité plus longue y aurait peut-être à la fin introduit le relâchement ; et Dieu, qui voulait non seulement l’affermir dans le bien, mais la porter même au plus haut degré de sainteté, a permis qu’elle fût exercée par les plus grandes tribulations qui aient jamais exercé aucune maison religieuse. En voici l’origine.

Tout le monde sait cette espèce de guerre qu’il y a toujours eu entre l’Université de Paris et les jésuites. Dès la naissance de leur compagnie, la Sorbonne condamna leur institut par une censure où elle déclarait, entre autres choses, que cette Société était bien plus née pour la destruction que pour l’édification. L’Université s’opposa de tout son pouvoir à son établissement en France, et n’ayant pu l’empêcher, tint toujours ferme à ne pas souffrir qu’ils fussent admis dans son corps. Il y eut même diverses occasions, dont on ne veut point ici rappeler la mémoire, où elle demanda avec instance au Parlement qu’ils fussent chassés du royaume ; et ce fut dans une de ces occasions qu’elle prit pour son avocat Antoine Arnauld, père de la Mère Angélique, l’un des plus éloquents hommes de son siècle. Il était d’une ancienne famille d’Auvergne, très distinguée par le zèle ardent qu’elle avait toujours montré pour la royauté pendant toutes les fureurs de la Ligue. Antoine Arnauld passait aussi pour un des plus zélés royalistes