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ce qu’ils donnaient, et on mettait toujours à part une portion de cette aumône pour en assister de pauvres familles, et surtout de pauvres communautés, à qui on transporta tout d’un coup une somme de vingt mille livres qui avait été léguée à la maison ; et, ce qu’il y a de particulier, c’est que, dans le même temps qu’on dressait chez un notaire l’acte de cette donation, le pourvoyeur de Port-Royal, qui ne savait rien de la chose, vint demander à ce même notaire de l’argent à emprunter pour les nécessités pressantes du monastère.

Jamais les grands biens ni l’extrême pauvreté d’une fille n’ont entré dans les motifs qui la faisaient ou admettre ou refuser. Une dame de grande qualité[1] avait donné à Port-Royal, comme bienfaitrice, une somme de quatre-vingt mille francs : cette somme fut aussitôt employée, partie en charités, partie à acquitter des dettes, et le reste à faire des bâtiments que cette dame elle-même avait jugés nécessaires. Elle n’avait eu d’abord d’autre dessein que de vivre le reste de ses jours dans la maison, sans faire de vœux ; ensuite elle souhaita d’y être religieuse. On la mit donc au noviciat, et on l’éprouva pendant deux ans avec la même exactitude que les autres novices. Ce temps expiré, elle pressa pour être reçue professe. On prévit

  1. La marquise de Crèvecœur.