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peine à comprendre, donna même au cardinal de Richelieu des mémoires contre lui.

Ce ne fut point là la seule querelle que lui attira la jalousie de la direction. Le fameux Père Joseph était, comme on sait, fondateur des religieuses du Calvaire ; et, quoique plongé fort avant dans les affaires du siècle, il se piquait d’être un fort grand maître en la vie spirituelle, et ne voulait pas que ses religieuses eussent d’autre directeur que lui. Un jour néanmoins, se voyant sur le point d’entreprendre un long voyage pour les affaires du roi, il alla trouver l’abbé de Saint-Cyran pour lui recommander ses chères filles du Calvaire, et obtint de lui qu’il les confesserait en son absence. À son retour, il fut charmé du progrès qu’elles avaient fait dans la perfection ; mais il crut s’apercevoir bientôt qu’elles avaient senti l’extrême différence qu’il y a d’un directeur partagé entre Dieu et la cour à un directeur uniquement occupé du salut des âmes. Il conçut contre l’abbé un fort grand dépit, et ne lui pardonna non plus que l’évêque de Langres cette diminution de son crédit sur l’esprit de ses pénitentes, tellement que depuis ce temps-là il ne fut pas des moins ardents à lui rendre de mauvais offices auprès du premier ministre.

Le cardinal de Richelieu, lorsqu’il n’était qu’évêque de Luçon, avait connu à Poitiers l’abbé de Saint-Cyran ; et, ayant conçu pour ses grands talents et