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les anciennes sous les mêmes lois que les jeunes, ne s’étonna point des persécutions de certains moines, et même de certains visiteurs de l’ordre, accoutumés au faste et à la dépense, et qui ne pouvaient souffrir le saint usage qu’elle faisait des revenus de cette abbaye.

Ce fut de son temps que deux fameuses religieuses de Montdidier furent introduites à Maubuisson par un de ces visiteurs, pour y enseigner, disait-il, les secrets de la plus sublime oraison. La Mère des Anges et la Mère Angélique n’étaient point assez intérieures, au gré de ces Pères, et ils leur reprochaient souvent de ne connaître d’autre perfection que celle qui s’acquiert par la mortification des sens et par la pratique des bonnes œuvres. La Mère des Anges, qui avait appris à Port-Royal à se défier de toute nouveauté, fit observer de près ces deux filles ; et il se trouva que, sous un jargon de pur amour, d’anéantissement et de parfaite nudité, elles cachaient toutes les illusions et toutes les horreurs que l’Église a condamnées de nos jours dans Molinos. Elles étaient en effet de la secte des illuminés de Roye, qu’on nommait les Guérinets, dont le cardinal de Richelieu fît faire une si exacte perquisition. La Mère des Anges ayant donné avis du péril où était son monastère, ces deux religieuses furent renfermées très étroitement par ordre de la cour ; et le visiteur qui les protégeait eut bien de la peine lui-même à se tirer d’affaire. En un