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de Cîteaux[1], qui la bénit dix-huit mois après. Il y avait peu d’apparence qu’une fille faite abbesse à cet âge, et d’une manière si peu régulière, eût été choisie de Dieu pour rétablir la règle dans cette abbaye. Cependant elle entrait à peine dans sa dix-septième année, que Dieu, qui avait de grands desseins sur elle, se servit, pour la toucher, d’une voie assez extraordinaire. Un capucin, qui était sorti de son couvent par libertinage, et qui allait se faire apostat dans les pays étrangers, passant par hasard à Port-Royal, fut prié par l’abbesse et par les religieuses de prêcher dans leur église[2]. Il le fit, et ce misérable parla avec tant de force sur le bonheur de la vie religieuse, sur la beauté et sur la sainteté de la règle de saint Benoît, que la jeune abbesse en fut vivement émue, et forma dès lors la résolution, non seulement de pratiquer sa règle dans toute sa rigueur, mais d’employer même tous ses efforts pour la faire aussi observer à ses religieuses [1608].

Elle commença par un renouvellement de ses vœux, et fit une seconde profession, n’étant pas satisfaite de la première. Elle réforma tout ce qu’il y avait de mondain et de sensuel dans ses habits, ne porta plus qu’une chemise de serge, et ne coucha plus que sur

  1. Dom Boucherat
  2. Il se nommait Basile