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abbesse, exilée à Meaux, avec la sœur Anne-Cécile, n’arriva que le 25.

À peine les religieuses furent-elles réunies qu’un exempt nommé Saint-Laurent, l’homme du monde le plus soupçonneux, le plus défiant et le plus terrible, y arriva (le 3 à six heures du soir) avec quatre gardes, pour se saisir de toutes les portes, de toutes les clefs, et empêcher toute communication ; en sorte que ces pauvres filles furent réduites dans une captivité aussi étroite que si elles avaient été renfermées à la Bastille ; jusque-là même qu’elles n’avaient pas la liberté de prendre l’air dans leur jardin. Le 4, M. le lieutenant civil y vint de la part du roi faire la visite de la clôture. Outre cela, M. l’archevêque de son côté leur fit souffrir les traitements les plus rigoureux. Il leur donne des tourières pour les observer, des confesseurs pour les tourmenter. Il leur refuse impitoyablement les sacrements à la mort, et même la sépulture ecclésiastique…

Ce prélat, non content de tous ces traitements si barbares et de les réduire dans un état où elles manquaient de tous les secours spirituels et temporels, se porta à un nouvel excès, inouï jusqu’alors, qui fut de les priver de l’unique consolation qui leur restait, en leur faisant défense de chanter l’office divin à haute voix, sous peine d’encourir l’excommunication ipso facto. Il alla encore plus loin, et leur défendit de psal-