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soutenable. Il interdisait les sacrements à des filles dont il reconnaissait lui-même que la foi et les mœurs étaient très pures. Il leur enlevait leur abbesse et leurs principales Mères, introduisait dans leur maison des religieuses étrangères : sans parler du scandale que causait cette troupe d’archers et d’officiers séculiers dont il se faisait accompagner, comme s’il se fût agi de détruire quelque maison diffamée par les plus grands désordres et par les plus énormes excès ; tout cela sans aucun examen juridique, sans plainte et sans réquisition de son official, et sans avoir prononcé aucune sentence. Et le crime pour lequel il les traitait si rudement était de n’avoir pas la créance humaine que des propositions étaient dans un livre qu’elles n’avaient point lu et qu’elles n’étaient point capables de lire, et qu’il n’avait vraisemblablement jamais lu lui-même. Elles dressèrent donc, dès le lendemain de l’enlèvement de leurs Mères, un procès-verbal fort exact de tout ce qui s’était passé dans cette action ; elles en avaient déjà dressé un autre de la visite où M. l’archevêque leur avait interdit les sacrements. Elles signèrent ensuite une procuration pour obtenir en leur nom un relief d’appel comme d’abus. Elles l’obtinrent en effet, et le firent signifier à M. l’archevêque, qui fut assigné à comparaître au Parlement. Il ne fut pas difficile à ce prélat, comme on peut penser, d’évoquer toute cette affaire