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dans cette affaire ; car M. Chamillard, convaincu que le pape ne peut jamais errer sur quelque matière que ce soit, était si attaché à cette doctrine de l’infaillibilité, qu’il en fut même le martyr dix-huit ans après, ayant mieux aimé se faire exiler que de consentir en Sorbonne à l’enregistrement des propositions de l’Assemblée de 1682. Le Père Esprit était au contraire là-dessus dans les sentiments où a toujours été l’Église de France ; mais comme c’était un bon homme, plein d’une extrême vénération pour ces filles, il eût bien voulu qu’elles se fussent un peu accommodées au temps, et qu’elles eussent signé par déférence pour leur archevêque. Cette diversité de sentiments était cause que ces deux messieurs se contredisaient assez souvent l’un l’autre en parlant aux religieuses. Enfin, après plusieurs conférences, ils se réduisirent à leur proposer de signer avec certaines expressions générales qui, sans blesser, disaient-ils, leur conscience, pourraient contenter M. l’archevêque, et ôter à leurs ennemis tout moyen de leur nuire. Mais elles persistèrent toujours à ne vouloir point tromper l’Église par des termes où il pourrait y avoir de l’équivoque ; et de quelque grand péril qu’on les menaçât, ne purent jamais se résoudre à offrir à M. l’archevêque que la même signature à peu près qu’elles avaient offerte aux grands-vicaires du cardinal de Retz ; c’est-à-dire un entier acquiescement sur le droit, et, pour ce qui