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en propres termes cette proposition : « Que Jésus-Christ, en montant au ciel, avait donné à saint Pierre et à ses successeurs la même infaillibilité, et dans le fait et dans le droit, qu’il avait lui-même. » D’où ils concluaient très naturellement que le pape ayant décidé que les cinq propositions étaient dans Jansénius, on ne pouvait nier sans hérésie qu’elles y fussent. C’est ainsi que ces Pères, dans la passion de rendre hérétiques leurs adversaires, se rendaient eux-mêmes coupables d’une très dangereuse hérésie, et non seulement d’une hérésie, mais d’une impiété manifeste, en égalant à Dieu la créature, et voulant qu’on rendît à la simple parole d’un homme mortel le même culte qu’on doit rendre à la parole éternelle. Mais ils n’étaient pas moins criminels envers le roi et envers l’État, par les avantages que la cour de Rome pouvait tirer de cette thèse, plus préjudiciable à la souveraineté des rois que toutes les opinions des Mariana et des Santarel, tant condamnées par le clergé de France, par le Parlement et par la Sorbonne. Aussi excita-t-elle un fort grand scandale. Voici ce que le célèbre M. Godeau, évêque de Vence, en écrivit à un de ses amis[1] : « Où est l’ancienne Sorbonne qui a foudroyé

  1. Cette lettre de Godeau, adressée à M d’Andilly, est transcrite en entier dans les Mémoires d’Hermant, livre XXVIII, ch.3. Elle est du 6 janvier 1662. Le texte d’Hermant présente de nombreuses différences ; ex. : « Où est l’ancienne Sorbonne, qui aurait déjà foudroyé cette proposition ? » Racine cite de mémoire.