Page:Racine - Abrégé de l’histoire de Port-Royal, éd. Gazier, 2e éd.djvu/174

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


filles à signer le formulaire. La nécessité où on les réduisait les avait enfin obligées, malgré elles, de s’instruire de la contestation qui faisait tant de bruit dans l’Église, et qui les jetait dans de si grands embarras. Elles avaient appris que deux papes, à la sollicitation des jésuites et de plusieurs évêques, avaient condamné, comme extraites de Jansénius, évêque d’Ypres, cinq propositions très abominables ; que tout le monde avouait que ces propositions étaient bien condamnées ; mais qu’un grand nombre de docteurs distingués par leur piété et par leur mérite, du nombre desquels étaient les directeurs de leur maison, soutenaient qu’elles n’étaient point dans le livre de cet évêque, où ils offraient même d’en faire voir de toutes contraires ; qu’il s’était fait sur cela de part et d’autre quantité de livres où ceux-ci paraissaient avoir eu tout l’avantage. Il y avait donc lieu de douter, et elles doutaient effectivement que ces propositions fussent dans le livre de cet évêque, mort en odeur de sainteté, et qui, dans son ouvrage même, paraissait soumis jusqu’à l’excès au Saint-Siège[1]. Ainsi, soit qu’elles se trompassent ou non, pouvaient-elles en sûreté de conscience signer le formulaire ? N’était-ce pas attester qu’elles croyaient le contraire de ce qu’en effet

  1. Jansénius croyait à l’infaillibilité du pape et il le disait dans l’Augustinus ; c’est là ce que le gallicanisme de Racine appelait un excès de soumission.