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de Saint-Marc. Cette affaire fut rapportée au roi d’une manière si odieuse qu’il renvoya sur-le-champ le lieutenant civil, avec une lettre de cachet, pour faire ôter l’habit à ces novices. L’abbesse se trouva dans un fort grand embarras, ne croyant pas qu’ayant donné à des filles le saint habit à la face de l’Église, il lui fût permis de le leur ôter sans qu’elles se fussent attiré ce traitement par quelque faute. Elle écrivit au roi une lettre très respectueuse pour lui expliquer ses raisons, et pour le supplier aussi de vouloir considérer si Sa Majesté, sans aucun jugement canonique, pouvait en conscience, en leur défendant de recevoir des novices, supprimer et éteindre un monastère et un institut légitimement établis pour donner des servantes à Jésus-Christ dans la suite de tous les siècles. Mais cette lettre ne produisit d’autre fruit que d’attirer une seconde lettre de cachet, par laquelle le roi réitérait ses ordres à l’abbesse d’ôter l’habit aux sept novices, et de les renvoyer dans vingt-quatre heures, sous peine de désobéissance et d’encourir son indignation. Du reste, il lui déclarait « qu’il n’avait point prétendu supprimer son monastère par une défense absolue d’y recevoir des novices à l’avenir, mais seulement jusqu’à nouvel ordre, lequel serait donné par autorité ecclésiastique, lorsqu’il aura été pourvu à votre couvent (ce sont les termes de la lettre) d’un supérieur et directeur d’une capacité et piété reconnues, et duquel