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outre l’intérêt général de sa compagnie, avait encore un intérêt particulier qui l’animait contre les gens dont nous parlons. Il se piquait d’être grand théologien et grand écrivain. Il entassait volume sur volume, et ne pouvait digérer de voir ses livres, malgré tous les mouvements que sa compagnie se donnait pour les faire valoir, méprisés du public, et ceux de ses adversaires dans une estime générale. Tous ceux qui ont connu ce Père savent qu’étant assez raisonnable dans les autres choses, il ne connaissait plus ni raison ni équité quand il était question des jansénistes. Tout ce qui approchait du roi, mais surtout les gens d’Église, n’osaient guère lui parler sur ce chapitre que dans les sentiments de son confesseur. Il ne se tenait point d’assemblées d’évêques où l’on ne fît des délibérations contre la prétendue nouvelle hérésie ; et ils comparaient dans leurs harangues quelques déclarations qu’on avait obtenues de Sa Majesté contre les jansénistes à tout ce que les Constantin et les Théodose avaient fait de plus considérable pour l’Église. Les papes mêmes, dans leurs brefs, excitaient son zèle à exterminer une secte si pernicieuse. C’étaient tous les jours de nouvelles accusations. On lui présentait des livres où on assurait que, pendant les guerres de Paris, les ecclésiastiques de Port-Royal avaient offert au duc d’Orléans de lever et d’entretenir douze mille hommes à leurs