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breuses justifications, crût, sur tant de circonstances si vraisemblables et si peu vraies, qu’ils étaient dans l’erreur. D’ailleurs, quelque grands principes qu’on eût à Port-Royal sur la fidélité et sur l’obéissance qu’on doit aux puissances légitimes, quelque persuadé qu’on y fût qu’un sujet ne peut jamais avoir de justes raisons de s’élever contre son prince, le roi était prévenu que les jansénistes n’étaient point bien intentionnés pour sa personne et pour son État ; et ils avaient eux-mêmes, sans y penser, donné occasion à lui inspirer ces sentiments par le commerce, quoique innocent, qu’ils avaient eu avec le cardinal de Retz, et par leur facilité plus chrétienne que judicieuse à recevoir beaucoup de personnes, ou dégoûtées de la cour, ou tombées dans la disgrâce, qui venaient chez eux chercher des consolations, quelquefois même se jeter dans la pénitence. Joignez à cela qu’encore que les principaux d’entre eux fussent fort réservés à parler et à se plaindre, ils avaient des amis zélés et indiscrets qui tenaient quelquefois des discours très peu excusables. Ces discours, quoique avancés souvent par un seul particulier, étaient réputés des discours de tout le corps. Leurs adversaires prenaient grand soin qu’ils fussent rapportés ou au premier ministre ou au roi même.

On sait que Sa Majesté a toujours un jésuite pour confesseur. Le Père Annat, qui l’a été fort longtemps,