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une maison si sainte ait été détruite ; et que ce même M. Arnauld ait été obligé d’aller finir sa vie dans les pays étrangers. Mais ce n’est pas la première fois que Dieu a permis que de fort grands saints aient été traités en coupables par des princes très vertueux. L’histoire ecclésiastique est pleine de pareils exemples : et il faut avouer que jamais prévention n’a été fondée sur des raisons plus apparentes que celle du roi contre tout ce qui s’appelle jansénisme.

Car bien que les défenseurs de la grâce n’aient jamais soutenu les cinq propositions en elles-mêmes, ni avoué qu’elles fussent d’aucun auteur ; bien qu’ils n’eussent, comme j’ai dit, envoyé leurs docteurs à Rome que pour exhorter Sa Sainteté à prendre bien garde, en prononçant sur ces propositions chimériques, de ne point donner d’atteinte à la véritable doctrine de la grâce, le pape néanmoins les ayant condamnées sans aucune explication, comme extraites de Jansénius, il semblait que les prétendus jansénistes eussent entièrement perdu leur cause ; et la plupart du monde, qui ne savait pas le nœud de la question, croyait que c’était en effet leur opinion que le pape avait condamnée. La distinction même du fait et du droit, qu’ils alléguaient, paraissait une adresse imaginée après coup pour ne se point soumettre. Il n’est donc pas surprenant que le roi, à qui ses grands emplois ne laissaient pas le temps de lire leurs nom-