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Retz raconte dans l’histoire qu’il a composée du conclave où ce même pape fut élu. Il dit que le cardinal François Barberin, dont le parti était fort puissant dans le conclave, fut longtemps sans se pouvoir résoudre de donner sa voix à Chigi, craignant que son étroite liaison avec les jésuites ne l’engageât, quand il serait pape, à donner quelque atteinte à la doctrine de saint Augustin, pour laquelle Barberin avait toujours eu un fort grand respect. Chigi, ajoute le cardinal de Retz, n’ignora pas ce scrupule, et quelques jours après, s’étant trouvé à une conversation où le cardinal Albizzi, passionné partisan des jésuites, parlait de saint Augustin avec beaucoup de mépris, il prit avec beaucoup de chaleur la défense de ce saint docteur, et parla de telle sorte que non seulement le cardinal Barberin fut entièrement rassuré, mais qu’on se flatta même que Chigi serait homme à donner la paix à l’Eglise.

Il est constant que jamais les jésuites ne furent plus puissants à Rome que sous son pontificat. Il ne tarda guère à publier une constitution où, non content de confirmer la bulle d’Innocent X contre les cinq propositions, il traitait d’enfants d’iniquité tous ceux qui osaient dire que ces propositions n’avaient point été extraites de Jansénius, ni condamnées au sens de cet évêque ; assurant qu’il avait assisté lui-même au jugement de toute cette affaire, et que l’intention de