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il prît de l’argent que les Espagnols lui faisaient offrir, et qu’il se vit par là obligé à en emprunter de ses amis. Quelques-uns de ceux à qui il tint ce discours vivent encore, et ils sont dans une telle réputation de probité que je suis bien sûr qu’on ne récuserait point leur témoignage.

Mais, pour reprendre le fil de notre narration, le miracle de la Sainte épine ne fut pas la seule mortifition qu’eurent alors les jésuites ; car ce fut dans ce temps-là même que parurent les fameuses Lettres provinciales, c’est-à-dire l’ouvrage qui a le plus contribué à les décrier. M. Pascal, auteur de ces Lettres, avait fait les trois premières pendant qu’on examinait en Sorbonne la lettre de M. Arnauld. Il y avait expliqué les questions sur la grâce avec tant d’art et de netteté qu’il les avait rendues non seulement intelligibles, mais agréables à tout le monde. M. Arnauld y était pleinement justifié de l’erreur dont on l’accusait ; et les ennemis même de Port-Royal avouaient que jamais ouvrage n’avait été composé avec plus d’esprit et de justesse. M. Pascal se crut donc obligé d’employer ce même esprit à combattre un des plus grands abus qui se soit jamais glissé dans l’Église, c’est à savoir la morale relâchée de quantité de casuistes, et dont les jésuites faisaient le plus grand nombre, qui, sous prétexte d’éclaircir les cas de conscience, avaient avancé dans leurs livres