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ne s’imaginant pas qu’il fût défendu ni à des ecclésiastiques, ni à des religieuses d’empêcher leur archevêque de mourir de faim. C’est de là aussi que leurs ennemis prirent occasion de les noircir dans l’esprit du cardinal Mazarin, en persuadant à ce ministre qu’il n’avait point de plus grands ennemis que les jansénistes ; que le cardinal de Retz n’était parti de Rome que pour se venir jeter entre leurs bras ; qu’il était même caché à Port-Royal ; que c’était là que se faisaient tous les manifestes qu’on publiait pour sa défense ; qu’ils lui avaient déjà fait trouver tout l’argent nécessaire pour une guerre civile, et qu’il ne désespérait pas, par leur moyen, de se rétablir à force ouverte dans son siège. On a bien vu dans la suite l’impertinence de ces calomnies ; mais pour en faire mieux voir le ridicule, il est bon d’expliquer ici ce que c’était que M. Arnauld, qu’on faisait l’auteur et le chef de toute la cabale.

Tout le monde sait que c’était un génie admirable pour les lettres, et sans bornes dans l’étendue de ses connaissances ; mais tout le monde ne sait pas, ce qui est pourtant très véritable, que cet homme si merveilleux était aussi l’homme le plus simple, le plus incapable de finesse et de dissimulation, et le moins propre, en un mot, à former et à conduire un parti ; qu’il n’avait en vue que la vérité, et qu’il ne gardait sur cela aucunes mesures, prêt à contredire ses amis