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des âmes. Son bon sens, joint à une piété et à une charité extraordinaires, imprimaient un tel respect, que, bien qu’il n’eût pas la même étendue de génie et de science que M. Arnauld, non seulement les religieuses, mais M. Arnauld lui-même, M. Pascal, M. Le Maitre, et tous ces autres esprits si sublimes, avaient pour lui une docilité d’enfant, et se conduisaient en toutes choses par ses avis.

Dieu s’était servi de lui pour convertir et attirer à la piété plusieurs personnes de la première qualité. Et comme il les conduisait par des voies très opposées à celles du siècle, il ne tarda guère à être accusé de maximes outrées sur la pénitence. M. de Gondy, qui s’était d’abord laissé surprendre à ses ennemis, lui avait interdit la chaire ; mais ayant bientôt reconnu son innocence, il le rétablit trois mois après, et vint lui-même grossir la foule de ses auditeurs. Il vécut toujours dans une pauvreté évangélique, jusque-là qu’après sa mort on ne lui trouva pas de quoi faire les frais pour l’enterrer, et qu’il fallut que les religieuses assistassent de leurs charités quelques-uns de ses plus proches parents, qui étaient aussi pauvres que lui. Les jésuites néanmoins passèrent jusqu’à cet excès de fureur que de lui reprocher dans plusieurs libelles de s’être enrichi aux dépens de ses pénitents, et de s’être approprié plus de huit cent mille francs sur les grandes restitutions qu’il avait fait faire à