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Cependant, parce que c’était l’heure du silence, et que ce silence s’observe encore plus exactement le carême que dans les autres temps, et que d’ailleurs toute la maison était dans un plus grand recueillement qu’à l’ordinaire, ces deux jeunes filles se tinrent dans leur chambre et se couchèrent sans dire un seul mot à personne. Le lendemain matin, une des religieuses, employée auprès des pensionnaires, vint pour peigner la petite Perrier ; et, comme elle appréhendait de lui faire mal, elle évitait, comme à son ordinaire, d’appuyer sur le côté gauche de la tête. Mais la jeune fille lui dit : « Ma sœur, la Sainte épine m’a guérie. — Comment, ma sœur, vous êtes guérie ! — Regardez, et voyez, » lui répondit-elle. En effet, la religieuse regarda, et vit qu’elle était entièrement guérie. Elle alla en donner avis à la Mère abbesse, qui vint et qui remercia Dieu de ce merveilleux effet de sa puissance. Mais elle jugea à propos de ne le point divulguer au dehors, persuadée que, dans la mauvaise disposition où les esprits étaient alors contre leur maison, elles devaient éviter sur toutes choses de faire parler le monde. En effet, le silence est si grand dans ce monastère que, plus de six jours après ce miracle, il y avait encore des sœurs qui n’en avaient point entendu parler.

Mais Dieu, qui ne voulait pas qu’il demeurât caché, permit qu’au bout de trois ou quatre jours