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non moins illustre par sa piété et par sa doctrine que par sa naissance, l’a raconté fort au long dans un livre qu’il a composé contre les athées, et s’en est servi comme d’une preuve éclatante de la vérité de la religion. Mais on pourrait s’en servir aussi comme dune preuve étonnante de l’indifférence de la plupart des hommes de ce siècle sur la religion, puisque une merveille si extraordinaire, et qui fît alors tant d’éclat, est presque entièrement effacée de leur souvenir. C’est ce qui m’oblige à en rapporter ici jusqu’aux plus petites circonstances, d’autant plus qu’elles contribueront à faire mieux connaître tout ensemble et la grandeur du miracle, et l’esprit et la sainteté du monastère où il est arrivé.

Il y avait à Port-Royal de Paris une pensionnaire de dix à onze ans, nommée Mlle Perrier, fille de M. Perrier, conseiller à la cour des aides de Clermont, et nièce de M. Pascal. Elle était affligée depuis trois ans et demi d’une fistule lacrymale au coin de l’œil gauche. Cette fistule, qui était fort grosse au dehors, avait fait un fort grand ravage en dedans. Elle avait entièrement carié l’os du nez et percé le palais, en telle sorte que la matière qui en sortait à tout moment lui coulait le long des joues et par les narines, et lui tombait même dans la gorge. Son œil gauche s’était considérablement apetissé ; et toutes les parties voisines étaient tellement abreuvées et altérées par la