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Page:Rabelais marty-laveaux 03.djvu/416

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408 LETTRES ET DOCVMENTS.

nois brifez deux hommes mores, mais c’eftoient hommes de foin : defquelz l’vn auoic le bras gauche couppé, & le vifage tout en fang, l’autre auoit vn tranfon de picque à trauers le corps fouz la faute du harnois. Autour defquelz fut récréation nouuelle ce pendant que la mufique fonnoit. Car Frérot à tout fon accoutrement de velours incarnat fueilleté de toille d’argent, à forme d’elles de Souris chauue, & Fabritio auecqucs fa couronne de laurier, foy ioingnirent à eux : l’vn les admoneftoit de leur falut, les confefToit, & abfouloit comme gens morts pour la foy : l’autre les taftoit aux gouiïetz & en la bra- guette pour trouuer la bourfe. En fin les defcou- urans & defpouillans monftrerent au peuple que ce n’elloient que gens de foin. Dont fut grande rifee entre les fpeâateurs, foy efbahilTans comment on les auoit ainfi là mis & iettez, durant ce furieux combat. A cefte retraite, le iour efclarci & purgé des fumées & perfums de la canonnerie, apparurent au mylieu de la place huit ou dix gabions en renc, & cinq pièces d’artillerie fus roue : lefquelles durant la bataille auoient eflé pofees par les canonniers de fon Excellence. Ce qu’ertant apperceu par vne fen- tinelle monté fus la haute tour du chaileau au fon de la campanelle fut fait & ouy grand efFroy & hur- lement de ceux du dedens : & fut lors tiré tant d’artillerie par tous les endroits du fort, & tant de fciopes, fufees en canon, pâlies, & lances à feu vers les gabions pofez, qu’on n’euft point ouy tonner du ciel. Ce nonobftant, l’artillerie pofee derrière les gabions tira furieufement par deux fois contre le chafteau, en grand cfpouuentement du peuple afllf- tant. Dont tomba par le dehors la muraille iufques