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Page:Rabelais marty-laveaux 03.djvu/415

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LA SCIOMACHIE. 4O7

du chafteau, fut tiré grand nombre d’artillerie : & fe retirèrent les forains, qui pareillement mirent pied à terre, & délibérèrent donner la bataille, voyaas fortir du fort tous les tenans en ordre de combat. Pourtant prindrent vn chacun la picque mornee en poing, & les enfeignes defployees, à defmarche graue & lente fe prefenterent en velie des tenans, au feul fon des fifres & tabours, eilans les hommes d’armes en première fil- liere, les harqueboulîers en flanc. Puis marchans oultre encore quatre ou cinq pas, fe mirent tous à genouilz, tant les forains que les tenans, par autant d’efpace de temps en filence, qu’on diroit l’oraifon dominicale.

Par tout le difcours du tournoy précèdent fut le bruit & applaufion des fpedateurs grand en toute cir- cunference. A cefte precation, fut lilence de tous en- droits, non fans effroy, mefmement des Dames, & de ceux qui n’auoient autre fois efliéen bataille. Lescom- batans ayans baifé la terre foudain au fon des tabours fe leuerent, & les picques bailfees en hurlemens efpouuentables vindrent à ioindre, les harquebou- fiers de mefmes fus les flans tiroient infatigable- ment. Et y eut tant de picques brifees, que la place en efloit toute couuerte. Les picques rompues mirent la main aux efpees, & y eut tant chamaillé à tors & à trauers, qu’à vne fois les tenans repoulferent les forains plus de la longueur de deux picques : à l’autre les tenans furent repoulfez iufques au reuelin des tournons. Lors furent fauuez par l’artillerie drant de tous les quantons du chafteau, dont les forains fe retirèrent. Ce combat dura afl^ez longuement. Et y fut donné quelques efraflades de picques & efpees, fans courroux toutesfois, n’afledion mauuaife. La

retraite faite tant d’vn coflé comme d’autre, réi- tèrent en place à trauers les picques rompues & har~