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Page:Rabelais marty-laveaux 03.djvu/414

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406 LETTRES ET DOCVMENTS.

prindrent deux prifonniers. Puis fuyuans leur for- tune fe trouuerent enueloppez entre quelque efqua- dron des forains caché comme en embufcade. Là craingnans que la bataille cnluiuill, fe retirent au trot & perdirent deux de leurs gens, qui furent fem- blablement emmenez prifonniers. A leur retraite for- cirent du challeau les gens de cheual cinq à cinq par ranc, la lance au poing. Les forains de mefmes fe prefenterent, & rompirent lances en tourbe, par plufieurs courfes. Qui eil : chofe grandement peril- leufe. Tant y ha que le feigneur de Maligni ayant fait paiïee fans attainte contre l’efcuier de fon Excel- lence, au retour le choqua de telle violence, qu’il rua par terre homme & cheual. Et en linftant mou- rut le cheual, qui eftoit vn bien beau & puifTanc courfier. Celuy dudit S. Maligni refta efpaulé.

Le temps pendant qu’on tira hors le cheual mort, fonnerent en autre & plus ioyeufe harmonie les com- pagnies des muficiens, lefquelz on auoit pofé en diuers efchauffautz fus la place : comme hautbois, cornetz, facqueboutes, flûtes d’AUemans, doucines, mufettes, & autres, pour efiouir les fpectateurs par chacune pofe du plailant tournoy. La place vuidee, les hommes d’armes tant d’vn cofté comme d’autre, le S. de Maligni monté fus vn genêt frais, & l’efcuier fus vn autre (car peu s’eftoient bleflez) laiffans les lances combatirent à l’efpee en tourbe les vns parmy les autres alTez felonnement. Car il y eut tel qui rompit trois & quatre efpees : & quoy qu’ilz fuiïent couuers à l’aduancage, plufieurs y furent defarmez.

La fin fut qu’vne bande de harqueboufiers forains chargèrent à coups d’efcoulpettes les tenans, dont furent contraintz foy retirer au fort, & mirent pied à terre. Sus celle encrefaice au fon de la campanelle