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Page:Rabelais marty-laveaux 03.djvu/219

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CHAP. XVI DV CINQVIESME LIVRE. 2ll

rochiers & vallées 11 eftranges. Gaingnebeaucoup lujr dill que le pays des rochiers qui elloit vne colonie cirée du pays de procuration, l’appelloyenc les Cahiers : & qu’au delà des rochiers ayant pafTé vn petit guay, nous trouucrions l’ifle des Apedeftes. Vertu des extrauagantes, dill frère lean, & vous autres gens de bien dequoy viuez vous ky} Sçaurions nous boire en voftre voirre car ie ne vous voy aucuns outils que parchemins, cornets, & plumes. Nous ne viuons, reipondic Gaingnebeaucoup, que de cela aulfi ; car il faut que tous ceux qui ont affaire en l’ifle paiïent par nos mains, Pourquoy diil Panurge, elles vous barbiers qu’il faut qu’ils foyent tellonnez^ Ouy, dit Gaingnebeaucoup, quant aux teftons de leur bourfe. Par Dieu, dilt Panurge, vous n’aurez de moy denier ni maille : mais ie vous prie beau fire menez nous à ces Apedeftes car nous venons du pays des fçauans, où ie n’ay gueres gaingné. En diuifant ils arriuerent en l’itle des Apedeftes, car l’eau fufl tantoft pafTee. Pantagruel fut en grande admiration de la ftrudure de la demeure & habitation des gens du pays car ils demeurent efi vn gran4 prefîouër auquel on monte près de cinquante degrez : & auant que d’entrer au maiftre prefTouër, car leans y a de petits, grands, fecrets, moyens, & de toutes fortes, vous paflez par vn grand Periftile, où ■ vous voyez en pa’ifage les ruines prefque de tout le monde : tant de potences, de grans larrons, tant de gibbets, de quelUons, que cela vous fait peur. Voyant Gaingnebeaucoup que Panta- gruel s’amufoit à cela : monfieur, dit-il : Allons plus auant, cecy n’ell rien. Comment, dit frère lean, ce n’eft rien, par l’ame de ma braguette efchauffee Panurge & moy tremblons de belle faim.